S.O.S musique classique


Si j’avais à choisir une image pour décrire l’état de la musique classique à l’ère numérique, je dirais que cet art ressemble à un bateau qui prend l’eau. Étant moi-même musicienne, ça me rend triste et perplexe, mais à travers les lunettes du marketing, je perçois aussi ce déclin comme un super défi à relever.

Vous voulez des exemples de bateaux qui prennent l’eau? À l’automne dernier, le New York City Opera a dû fermer ses portes, incapable de redresser sa situation budgétaire. Même chose pour le très renommé Orchestre philarmonique de Philadelphie en 2011; heureusement, en recrutant le jeune et fougueux chef Nézet-Séguin, l’orchestre a été capable de se relancer. On pourrait aussi citer l’Opéra de Montréal qui a été à deux doigts de fermer boutique en 2006 et Opera Lyra ici, à Ottawa, qui a dû annuler sa saison 2011-2012 par manque de fonds.

Quelles sont les racines du mal? L’effritement des subventions gouvernementales pour les budgets d’opération, les coupures dans les tournées et les programmes pour jeunes artistes, mais surtout, le vieillissement du public. S’ajoutent à cela l’ère du divertissement à la maison et l’explosion des technologies qui nous soudent de plus en plus à nos machines. Pourquoi sortir pour voir une performance artistique quand on peut jouer sur sa Playstation ou regarder un film sur Netflix bien calé dans son sofa?

Je ne peux pas montrer que le mauvais côté de la médaille, je dois aussi parler de ce que font les ingénieurs pour arrêter le naufrage. Et on ne parle pas ici des stratégies-marketing qui tournent autour du prix des billets pour les étudiants ou des causeries avant le concert. Ces initiatives, même si elles tentent de démocratiser les arts classiques, ne sont pas vraiment efficaces parce qu’elles ne remettent pas en question la forme « figée » des arts classiques : le public, bien vêtu, entre dans le « temple » et doit respecter le rituel strict, rester assis en silence et applaudir seulement à des moments précis.

Pendant ma recherche, je suis tombée sur un article surprenant publié en 2012 dans le Wall Street Journal ayant pour titre Remixing Classical-Music Concerts for the iPod Generation. On y parle des changements à 180 degrés adoptés par l’orchestre symphonique de Miami, le New World Symphony, pour attirer un nouveau public.

Les concerts de la série Pulse ont lieu en fin de soirée. L’idée est de mélanger la musique classique avec un DJ qui joue de la musique électronique. L’orchestre enchaîne avec des pièces du répertoire symphonique traditionnel (Mozart, Beethoven, Tchaïkovsky, etc.) qui sont intercalées par des interludes de musique électronique. De plus, les spectateurs sont libres de marcher dans la salle pendant le concert, un verre d’alcool à la main s’ils le veulent, sous des éclairages brillants et des images projetées sur des écrans géants. Vous serez sans doute d’accord avec moi, on est loin de l’ambiance feutrée et polie du Centre national des Arts!

Dernière chose : il faut arrêter d’étiqueter la musique classique comme le « vrai art » (commentaire que j’ai vu passer sur Facebook à propos de la fermeture du New York City Opera), ce qui trace une barrière élitiste entre cette forme de musique et la musique populaire. Je suis portée à croire que l’élite des affaires se rencontre plus dans les loges du Centre Bell qu’à la Place des Arts.

Autrefois fière comme le Titanic, l’industrie de la musique classique doit admettre qu’elle est en perte de vitesse. Elle doit donc briser les stéréotypes, explorer le mélange avec d’autres styles (musique country, cubaine, hip hop, etc.) et ne pas avoir peur d’encourager les interactions entre les artistes et les spectateurs.

Les directeurs des grandes institutions musicales ont tout à gagner en misant sur des nouvelles stratégies de marketing pour attirer un public plus diversifié, plus jeune. Je parle surtout des gens qui n’avaient encore jamais été exposés à la musique classique. En leur faisant découvrir ce style musical sous un autre angle (accompagné de scènes de films, pourquoi pas?), il y a fort à parier que les shows de musique classique seront plus médiatisés, plus populaires et plus « branchés » sur le monde actuel.

Images via melodeve.com

online.wsj.com

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