La Voix et le marketing du duel


S’il fallait cibler LE phénomène télé de l’heure ce printemps au Québec, les gens de mon entourage s’entendraient vite pour dire : La Voix. Les Québécois sont vraiment accros à cette émission. À preuve, La Voix obtient des cotes d’écoute fracassantes frôlant les 2,5 millions de spectateurs. Sur une population de 8 millions, c’est presque 1 personne sur 3! Comme tout phénomène de culture de masse, on en parle ad nauseam autour de la machine à café et sur Facebook.

J’ai réalisé l’ampleur du phénomène à la fin-mars lors de ma dernière visite au Québec quand les gens me bombardaient de questions : Qu’est-ce que tu penses de La Voix?, C’est qui ton candidat préféré? Et surtout la fameuse question qui fait allusion à mon expérience comme chanteuse d’opéra : Comment trouves-tu Étienne?  Ehhh… ben… je sais pas trop, je devrais d’abord me renseigner un peu sur le show! Leur ai-je répondu. La vérité, c’est que j’étais vraiment en dehors de la track. Pour ne pas discréditer méchamment cette émission sous prétexte que je n’aime pas la télé-réalité, j’ai fait mes devoirs. J’ai lu et visionné pratiquement tout ce qui a été publié sur La Voix sur Internet. Et pour être honnête, je ressens vite un grand inconfort quand je regarde ce type de divertissement. Ce qui me dérange, c’est le marketing du duel : le ring de boxe, la couleur rouge partout, les duels entre candidats, le stress des éliminations… Mais  j’y reviendrai un peu plus loin.

La Voix. Deux mots, simples mais puissants, qui font référence à une émission musicale de télé-réalité créée en 2010, The Voice of Holland, dont le concept a ensuite été exporté à la vitesse de l’éclair dans plus de 10 pays à travers le monde. Curieusement, le principe reste identique dans chaque pays : le logo, le décor du plateau, les grands sièges rouges. Au menu, d’abondantes confidences devant la caméra, la visite des grands noms de la chanson, des performances en duel (appelées gentiment les « battles » en France, les performances ayant lieu dans un ring de boxe) et le vote du public pour éliminer progressivement les candidats. Rien de nouveau sous le soleil, quoi!

En fait, les spectacles d’artistes amateurs ont d’abord été populaires à la radio dans les années 1930 (Arthur Godfrey’s Talent Scouts, Original Amateur Hour). Plus près de nous, il y a eu Star Search (1983), American Idol (2002), Star Academy (2002), The Voice (2011), etc. Ce qui a toujours été attirant dans ces émissions, c’est le fait que les téléspectateurs se sentent témoins d’une métamorphose du genre « Regardez comment on a transformé Cendrillon de Longueuil en superstar en l’espace de 6 mois! ».

Dites-moi pourquoi faut-il toujours placer les artistes en compétition? Ne pourrait-on pas les faire travailler sur un texte de chanson tous ensemble? Ou bien les filmer en train d’apprendre une chorégraphie? Ça aurait au moins l’avantage de montrer aux téléspectateurs une autre facette du métier de musicien, c’est-à-dire la collaboration, le partage des idées, la créativité. Pour avoir travaillé dans le milieu musical, je vous dirais que de toute façon, tous les candidats de La Voix sortent gagnants de l’aventure puisque chacun d’eux a déjà obtenu bien plus de couverture médiatique que n’importe quel gagnant des Festivals de la chanson de Granby ou Petite-Vallée. Ceux-là se débattent comme des diables dans l’eau bénite pour avoir quelques journalistes présents à leur lancement de disque, disque qu’ils produisent souvent à même leurs économies. Se battre pour obtenir l’attention des médias, c’est ça le vrai match de boxe!

 

Image via larousse.fr /Compétition, par Muzo. Dessin extrait du Petit Larousse 2010.
Image via nbc.com/the-voice

 


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