Banaliser le mensonge


Sommes-nous devenus plus tolérants envers les manœuvres publicitaires ou journalistiques douteuses? Autrement dit, les médias sont-ils en train de banaliser le mensonge?

Toutes ces questions ont surgi après avoir lu un article choc au sujet de François Bugingo. La Presse a en effet révélé que ce journaliste a inventé des dizaines de reportages à l’étranger. Bugingo a ensuite avoué qu’il avait « romancé une histoire vue sur internet » et qu’il avait « manqué de jugement ».

Brian William, célèbre présentateur de NBC, a lui aussi dû admettre en février dernier son mensonge à propos des tirs visant l’hélicoptère dans lequel il se trouvait pour un reportage en Irak. Il aurait été préférable que ces deux hommes fassent plutôt carrière comme romanciers car ce genre de scandale porte ombrage à la déontologie journalistique. Le public se demande, avec raison : « Qui croire? L’information qui m’est transmise est-elle véridique et vérifiée selon des sources crédibles? »

Si le public a tendance à croire l’information livrée par les journalistes, il est plus suspicieux envers la publicité. Le gouvernement du Canada encadre toutefois la publicité avec son Règlement relatif au marketing, à la publicité et à la vente qui dit très clairement : « Lorsque vous faites la promotion des avantages de votre produit, vous devez être honnête. Vous ne pouvez pas faire d’allégations mensongères ou utiliser des techniques publicitaires fausses ou trompeuses. »

Dans les années 1960, les mouvements consuméristes étaient très sensibles au côté véridique de la publicité et veillaient à ce que la publicité informe sur le produit et ses propriétés de manière claire. Jusqu’aux années 1980, des contrôleurs étaient mandatés pour vérifier la qualité du produit et la façon dont les annonceurs présentaient ses propriétés. On allait même jusqu’à demander aux annonceurs de fournir un dossier technique sur leurs produits. Cette tendance de contrôle s’est arrêtée abruptement en 1980 après le jugement rendu en faveur de Samsonite.

Dans cette annonce, on voit des bulldozers jouer au football avec des valises, qui restent miraculeusement intactes (la preuve avait pourtant été faite que les valises avaient été détruites pendant le tournage) :

La Cour a déclaré que le public était en mesure de comprendre que la valise était ici utilisée dans des conditions étrangères à ses fins habituelles et qu’il est capable de départager le vrai du faux. Les associations ont donc soudainement arrêté d’entamer des recours contre les annonceurs sous motif de publicité frauduleuse. Et cela laissait la porte grande ouverte pour l’imagination des publicitaires…

En 2012, dans la publicité de son nouveau téléphone Lumia 920, Nokia prétendait que la vidéo avait été captée par un appareil Lumia. Mais, dans le reflet d’une vitre, on voit furtivement passer de l’équipement plus sophistiqué, ce qui confirme que la vidéo n’a pas été tournée avec un téléphone mobile! Nokia a par la suite été obligée de s’excuser. Voici la vidéo, avec un arrêt où l’on voit le caméraman dans la camionnette :

http://https://www.youtube.com/watch?v=PbF7TgX9gy8

En mars 2015, la marque de serviettes hygiéniques Nana a annoncé sur les réseaux sociaux le lancement d’un faux produit, le ShredPad présenté comme le premier destructeur de serviettes hygiéniques. Nana a volontairement trompé les médias et les consommateurs dans le seul but que cette mauvaise plaisanterie fasse parler de la marque. La compagnie a plutôt perçu ce procédé comme une stratégie marketing : « Effectivement c’est un canular (…) C’est une stratégie marketing comme beaucoup de marques ont l’habitude de le faire » a révélé la directrice de la communication de l’agence.

SHRED-PAD-NANA-570

Ainsi, ces exemples démontrent comment les médias banalisent de plus en plus l’utilisation du mensonge. Cependant, la créativité ne devrait pas aller dans la direction du mensonge. Tromper volontairement le public reste une faute grave sur le plan éthique. Les marques qui ont été prises la main dans le sac du mensonge ont laissé un goût amer aux consommateurs. Pour avoir du succès en affaires, les entreprises doivent bâtir une relation avec la clientèle et la confiance représente le fondement de cette relation. Or, le mensonge est le facteur le plus puissant pour tuer la confiance des consommateurs envers la marque. Il y a fort à parier qu’ils voudront se venger en se tournant vers une marque concurrente.

 

Image via wbur.org

Image via Huffingtonpost.fr


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